10 Décembre / 2014

En marge de la commémoration du 100-ème Anniversaire du déclenchement de la Première Guerre mondiale

La première Guerre mondiale 1914-1918 constitue l’un des plus grands événements cruciaux de l'histoire mondiale. Ce cataclysme sans précédent du point de vue son ampleur, a amené à la perte de millions de vies humaines, la chute de quelques empires puissants, la constitution de nouveaux États nationaux et des changements radicaux dans le système des relations internationales.

Comme l'a déclaré le Ministre des affaires étrangères de la Russie Serguei Lavrov au cours de son intervention du 6 Novembre courant à Moscou au cours des travaux de la Conférence thématique universelle «la Première Guerre mondiale et les destins des compatriotes russes»:«La Russie a totalement accompli son devoir d'alliée: grâce à l'exploit des combattants russes, on est parvenu à sauver la France, on a mis les conditions préalables pour la victoire finale des Forces de l'Entente. La Russie quand à elle n'a pas eu profit des résultats des sacrifices de ses soldats. Le pays était envahi par le chaos de la révolution et de la guerre civile. Le pays était brassé par le chaos de la révolution et la guerre civile. La rupture révolutionnaire a généré la première vague d'émigration. D'après différentes données, l'environ d'un million et demi de citoyens russes se sont éparpillés à travers le monde entier, il s'agit de personnes de génie créateur, dans la force de leur âge, se faisant profondément mal et en toute sincérité du destin de leur pays. Leurs descendants constituent de nos jours des millions de personnes, pour lesquels la Russie n'est pas simplement la Patrie de leurs ancêtres, mais aussi l’objet d'une attention profondeet constante, de liens spirituels, de sympathie et de soucis».

C'était en particulier, en Décembre 1920 que se sont amarrés dans le port de Bizerte les navires de l'ex-Flotte de la Mer Noire de l'Empire russe (l'escadre Russe comme l'appelait les Français), dont les hommes d'équipage n'avaient pas souhaité rester en Russie Soviétique.C'était en Octobre 1924 qu'on a hissé sur ces bateaux pour la dernière fois le drapeau Andreevsky.En Février 1925 tous les navires étaient transmis aux pouvoirs français, quant aux membres des équipages, souhaitant rester en Tunisie, ils ont acquis la nationalité française.Un grand nombre des marins russes furent enterrés par la suite dans«les cimetières russes» de Bizerte, Menzel Bourguiba, Tabarka et Tunis, nommément on peut ici citer le contre-amiral Mikhaïl Behrens commandant de l'escadre Russe dans la période de 1921 à 1924, le capitaine de 2-ème grade Nestor Monastyrev, un des éminents biographes étrangers de la flotte russe.

1. La Russie n’avait pas envie de cette guerre et avait voulu la prévenir.Jusqu'à 1912 notre diplomatie n'avait pas désespéré de garder de bonnes relations avec l'Allemagne.C'était seulement pendant un an et demi à deux ans qui ont précédé le déclenchement de la guerre qu'on avait misé sur le renforcement du rôle des Forces de l'entente ayant égard dans ce contexte que ce serait le facteur efficace de la modération de Berlin et Vienne.

Le tournant décisif est arrivé à la fin de 1913: à Pétersbourg, on est définitivement parvenuà la conclusion que toute concession ultérieure au bloc germano-autrichien, non seulement n'aiderapas à prévenir le conflit, mais, au contraire, ne peut amener qu’à présenter un appui à ce bloc pour entreprendre des actions plus agressives et affaiblir la position de la Russie dans le cadre de l'Entente.

Néanmoins, au cours de la crise venant de s'éclater et même après les coups de feu de Sarajevo, la Russie et jusqu'aux derniers jours de Juillet 1914 avait entrepris des efforts orientés vers le règlement diplomatique du conflit entre Vienne et Belgrade.

Cependant l'acceptation de l'ultimatum autrichien dans sa totalité était une chose inacceptable pour Pétersbourg, puisque cela priverait en réalité la Serbie de sa souveraineté et pourrait engendrer des actions de protestation parmi la grande majorité de la population en Russie elle-même.En outre, l'Allemagne a déjà fait son choix en appuyant vivement les visées agressives de l'Autriche-Hongrie.

De ce fait, la crise en Europe a pris un caractère irrévocable: le 1 Août l'Allemagne a déclaré la guerre à la Russie, et le 3 Août à la France. Le 4 Août marqua l'entrée de la Grande-Bretagne dans la guerre.

2. Sur le plan militaire la Russie n'était pas entièrement prête pour la guerre. L'armée russe n'a pas encore terminé le programme de réorganisation prévue d'être achevé avant 1917, toutefois pendant les premières batailles, elle a fait preuve de courage exclusif et de dévouement.

Les faits ont en effet témoigné que le front Russe avait constitué un point clé pendant le déroulement de toute la guerre, que ce soit du point de vue nombre et qualité des forces des camps belligérants, ou du côté signification stratégique des opérations menées.

Les troupes russes en Prusse Orientale en 1914.

Si au début de la guerre, l'armée russe faisait face à 18 divisions d'infanterie allemandes et 40 austro-hongroises, toutefois vers la fin de 1914 le dispositif de guerre des allemands se faisait augmenter jusqu'à 36 divisions, et celui des austro-hongrois jusqu'au nombre de 47.

En ce sens, il fallait ajouter à cela encore 11 divisions d'infanterie turques. Dans l'ensemble et à de différentes étapes de la guerre la Russie se faisait du zèle contre 42 à 45 % des forces globales du bloc austro-germanique.

3. En Août 1914 la France, s'étant heurté à la menace réelle de la chute de Paris, s'était adressée à la Russie en lui demandant de prendre d’assaut au plus vite possible la Prusse Orientale.

Le commandement russe n'a pas eu largement de temps pour se préparer à la tenue des opérations planifiées, mais, ayant la volonté d'être l'alliée fidèle, elle est pourtant venue en aide à la France.

Il avait toutefois fallu payer cher le prix de ce choix en la destruction de l'armée du général A.V.Samsonov. Cependant les Allemands étaient obligés de lancer deux corps d'armée de l'Ouest sur le front russe, et Paris était sauvé.

Éloquents furent à cet égard les aveux du Maréchal Foch: «si la France n'était pas anéantie, Paris n'était pas pris dans les quelques premiers mois, cela n'était dû que grâce à l'offensive des Russes et à leur abnégation».

Au cours de l'opération menée en Prusse Orientale en Août 1914 l'exploit oblatif de l'armée russe avait mis en échec l'exécution de la principale tâche stratégique de l'adversaire visant d'anéantir au plus vite la France et se déchaîner en résultat de toutes ses forces contre la Russie.

Par le fait même notre pays avait quasi fourni au premier mois de la guerre son apport décisif dans la victoire des Forces de l'Entente, ayant ainsi permis aux alliés de tenir le coup et passer à une longue guerre de position, dans laquelle l'Allemagne était vouée à la défaite.

4. Par la suite à la Russie a encore incombé bien des fois de "se tourmenter" entre l'exécution de son devoir d'alliée et la réalisation de sespropres objectifs stratégiques. L'armée russe a joué un rôle si important dans l'écrasement d'une partie considérable du potentiel de guerre global de l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie et la Turquie.

La Russie sauvait encore deux fois la France («l'Offensive Broussilov» 1916, l'Offensive de Juillet 1917), deux fois la Serbie (La bataille Galicienne en 1914 et l'opération des Carpates de 1915), l'Italie (l'Offensive du front du sud-ouest en 1916) et la Roumanie, ayant créé spécialement à cet égard tout un front, participait à la formation du front de Salonique.

- La préparation d'une opération militaire sur les navires de la Flotte russe de la mer Noire, l’année1916.

En automne 1914, ayant fait échouer les opérations allemandes dans la bataile des Flandres sur l'Ysère et l'Ypre, la Russie avait en réalité apporté un grand soutien au corps expéditionnaire britannique.De même, une série d'opérations sur le front Caucasien apportait appui à la Grande-Bretagne dans la réalisation de la stratégie périphérique de l'Entente. Enfin, une aide sans prix lui était accordée par l'armée russe par biais de la campagne de 1915 et l'anéantissement des armées austro-hongroises en 1916. Étant cependant précisé, la Russie ne recevra presque jamais en contrepartie une aide quelconque du côté des alliés.

5. Les pertes allemandes en vies humaines sur le front Russe en 1914 ont fait près de 223 mille personnes, celle des autrichiens 723 mille et turques près de 90 mille. Par voie de conséquence, déjà au début de la guerre, l'armée russe avait mis hors de combat plus d'un million de soldats et d'officiers de l'adversaire, pendant que les alliés assénaient à leur tour 757 mille Allemands sur le front occidental et 226 mille Autrichiens sur le front Serbe.

6. Au cours de la campagne de 1915 le front Russe a subi la pression globale des armées de l'adversaire, ayant enduré les coups des forces principales de l'armée de l'Allemagne. Faisant état des chiffres avancés pour août, de 262 divisions du bloc austro-allemand la Russie mettait à l'écart 119 divisions (plus de 45 % des troupes de l'adversaire). De ce fait, les alliés occidentaux se faisaient accorder des moments de répit nécessaires pour ménager leurs forces et gérer à bien leurs ressources matérielles. Ceci leur a permis de prendre vers 1916 l'initiative stratégique et inverser le déroulement de la guerre mondiale au profit de l'Entente.

7. A la demande des Français, un corps expéditionnaire russe constitué de quatre brigades d'infanterie (près de 45 mille soldats et officiers) fut envoyé en 1916 au front Occidental et prenait part aux actions militantes sur les terrains les plus difficiles, faisaient preuve de bravoure et d'héroïsme exceptionnel.Son objectif principal était le renforcement du potentiel de guerre des alliés et le soutien des groupes de la résistance dans leur affrontement aux divisions de l'armée allemande en France. Les soldats russes participaient aux combats les plus féroces sur le front Occidental en France.Après la révolution de 1917 certaines unités de la légion russe participaient aux batailles en Picardie en Mars 1918 et plus tard en Soissons en fin de Mai 1918.

Le contre-amiral de Mikhail Behrens sur un des sous-marins de "l'escadre Russe", Bizerte, Juin 1921.

Un fait digne de remarque fut que des soldats du corps russes combattaient côte à côte avec des soldats du 4-ème régiment d'infanterie tunisien au cours de l'une des célèbres et sanglantes batailles de cette guerre, à savoir la grande bataille de Verdun. Il est notoire que la Tunisie avait activement participé à la Première guerre mondiale. Les tirailleurs tunisiens constituaient l'élite des troupes armées. Ainsi, le plus remarquable 4–ème régiment d'infanterie de Tunis prit part au défilé de la victoire sur l'Allemagne le 14 Juillet 1919 aux Champs-Elysées. Au total on a fait appel à 87332 tunisiens (parmi soldats et ouvriers) pour rejoindre le front. 16509 Tunisiens ont péri dans les batailles ou sont décédés suite à des blessures et des maladies.

Quant aux guerriers russes qui ont péri en France, ils constituent 9 mille soldat (du nombre total de 45 mille, qui participaient aux combats dès leur début), entre eux 4,5 mille furent enterrés sur le territoire de 32 cimetières militaires en Alsace-Lorraine, les autres en Champagne-Ardenne (par exemple plus d’un mille combattants russes est enterré au cimetière de Mourmelon dans le Marne).Sur initiative de Frédéric Mitterrand (l'ex-ministre de la culture de la France) on a érigé à Paris en 2011 à côté du pont d'Alexandre III un monument dédié aux soldats russes qui ont péri dans les combats pour la France au cours de la Première Guerre mondiale.

8. Les actions entreprises par la Russie pour ainsi dire, ont été d'un grand apport dans la victoire de l'Entente, car le bloc allemand-autrichien pourrait déjà en 1914gagner la guerre qu’en cas d'une victoire éclaire sur le front Occidental. Par la suite et avec son passage à une guerre de siège de longue durée, ce bloc était voué à la défaite en raison de la nécessité de mener la guerre sur deux fronts et de la supériorité stratégique évidente des Forces de l'Entente, en particulier après l'entrée en guerre des États-Unis en 1917 de leur côté.

9. Même après le retrait de la Russie de la guerre (en 1917) la Russie avait continué à gêner des forces considérables de l'adversaire (plus d'1 million de militaires). Le dernier espoir de l'Allemagne se résumant dans la tenue d'une offensive au printemps de 1918 en France – ne s'était pas réalisé, entre-autres, en raison de l'absence de forces mobiles pour exploiter le succès: presque toute la cavalerie (9 groupes d'escadrons) s'étaient basées à l'Est, cependant et en tout à cette période là il y avait eu encore près 50 divisions allemandes.

10. Les mérites militaires de la Russie dépassent de loin l'apport de chacun des alliés constituant les Forces de l'Entente. La contribution de l'armée russe en pertes humaines a constitué plus de 50 % de celle du bloc allemand. Pour autant l'effectif de l'armée russe en guerre (en tout 15 millions personnes) a constitué 37 % de l'effectif global des armées des autres pays de l'Entente en guerre (la Grande-Bretagne, la France, la Belgique, l'Italie, la Serbie, la Roumanie, les États-Unis, la Grèce). L'historien militaire et théoricien anglais ayant servi en qualité d'officier aux rangs de l'armée britannique pendant la Première guerre mondiale, Sir Basil Henry Liddell Hart a constaté dans un de ses premiers travaux : «la Russie s'est fait des sacrifices au profit des pays alliés et il est injuste d'oublier que les alliés sont pour ça les obligés de la Russie».

Dans la Première guerre mondiale la diplomatie russe a joué un rôle patriotique actif. Après le début des actions de guerre, cette diplomatie s'est dirigée vers le renforcement les relations interalliées et la recherche de nouveaux alliés avec les Forces de l'Entente, la garantie d'une isolation internationale des puissances de la Triple Alliance, la mise au point d'un plan de paix pour la période d'après-guerre. Les accords de 1915, relatifs au futur de Constantinople et des Détroits de la Mer Noire reflétaient en fait une exécution des "appels historiques» de la diplomatie russe, bien qu'on n'est pas parvenu à les réaliser.

En temps de guerre il y avait eu une modernisation essentielle du Département de politique étrangère de Russie, un élargissement de ses fonctions, au dépens d'une large activité humanitaire: une aide dynamique aux prisonniers de guerre et aux blessés, un soutien aux ressortissants russes sur le territoire de l'adversaire etc. Les diplomates Russes faisaient preuve de courage personnel dans les situations d'urgence, par exemple, dans l'Ambassade en Serbie pendant l'offensive autrichienne contre Belgrade. Plusieurs parmi eux étaient mobilisés dans les rangs de l'armée et ont péri en champ de bataille.

Comme a marquéSerguei Lavrov: «De l'Histoire de la Première Guerre mondiale on peut tirer plusieurs leçons, qui sont d'actualité de nos jours, dont parmi eux on peut citer l'importance de la sagesse de l'État pendant la prise de décisions de politique étrangère. Maintenant est demandeela mise au point des approches universelles orientées vers le dépassement des conflits, la recherche de réponses aux défis globaux et aux menaces. On ne peut pas se guider par les objectifs de propagation d'intérêts conjoncturels, d'imposition au monde son propre«caractère particulier», manifester de l`absencede scrupules dans la réalisation des objectifs».